
Le pied posé sur la glace, je sens mon sang pulser et se refroidir un peu plus à chaque battement. Mon cœur semble irriguer toute effluve de vie vers cette onde gelée qui m’attire de toute sa puissance vers les profondeurs de mon désespoir. Tous mes souvenirs se mêlent à cette rencontre du froid de la glace et de la chaleur de mon sang. En son contact, ils semblent geler et n’êtres réels plus que pour moi. Quelle horreur. Je me fige dans cet instant avec cette étrange sensation que je suis une image qui déteint, comme une aquarelle éphémère sur laquelle on aurait renversé un verre d’eau, diffusant les couleurs et emportant les formes au loin. Je sais que nul ne me voit vraiment. Je laisse peu à peu mes pensées, mes rêves, tous ceux que j’aime, mes images, mon univers s’envoler dans un hurlement effroyablement silencieux. Où s’en vont donc toutes ces paroles, tous ces rêves, toutes ces pensées ? J’ai parfois l’impression de jeter le temps à la mer et de le regarder s’emporter au fil des flots, puis disparaître par delà l’horizon d’azur. Toutes ces taches de couleur des instants de ma vie se mettent à déteindre dans l’encre de mon sang qui s’assombrit au contact du froid. Je regarde la couleur de mes pied sur la glace, toute l’essence de mon être et la noirceur de mon sang se diffusent et se mêlent peu à peu aux profondeurs infinies des reflets hypnotiques de la glace que nul ne peut suivre des yeux, entrecroisés comme les fils de soie d’une toile d’araignée qui ne cesserai jamais de se tisser ; un labyrinthe où quiconque s’aventure sait qu’il causera sa propre perte. Mais je me glisse avec délisse et fascination dans ce monde inconnu où les battements de mon cœur se faisant écho dans le vide, semblant heurter à l’infini des obstacles immatériels, sont seulement entrecoupés du son régulier et étonnement tranquille de ma respiration dont s’échappe de petites volutes de buée.
Dans cette errance, je poursuis les tressaillements de mon cœur, de mon corps et les plus profonds mouvements qui m’animent, le flot de mes pensées, et toutes ces images si bruyantes finissent par se taire. Elles s’envolent. Qu’elles soient seules ou non importe peu. La glace craque. Je lance un dernier regard vers ce soleil de nuit qui n’a eut de cesse de guider mes pas rêveurs en ce monde. La peur de disparaitre, de n’avoir jamais pu voir vraiment, ni dire ou faire quoi que ce soit de vrai, qui trouve une véritable place, s’évanoui. Il ne reste plus que ce moment précieux, cette entrevue avec la glace, miroir lacté sur lequel se découpe ma silhouette. Et je sens le gargouillement de l’eau qui émerge à la surface des fissures qui s’ouvrent de plus en plus. Ce son est une mélodie qui transporte chaque cellule de mon corps et me donne cette sensation d’être plus vivante que jamais. Tout ce que je suis est là, tous mes souvenirs, mes pensées, mes fantômes sont ici déposés à mes pieds et peuplent le jeu des couleurs froides et des ombres de leur présence. Je suis là et je sens toute la puissance du fond de l’eau m’attirer. Mon poids et la chaleur de mon corps qui s’éteint fragilise la surface gelée de l’eau. Le craquement suspendu qui parvient à mes oreilles semble provenir de tous les côtés. Je me sens tomber. Tout s’accélère tandis que le monde s’arrête. Dans cette errance, je poursuis les tressaillements de mon cœur, de mon corps et les plus profonds mouvements qui m’animent, le flot de mes pensées, et toutes ces images si bruyantes finissent par se taire. Elles s’envolent. Qu’elles soient seules ou non importe peu. La glace craque. Je lance un dernier regard vers ce soleil de nuit qui n’a eut de cesse de guider mes pas rêveurs en ce monde. La peur de disparaitre, de n’avoir jamais pu voir vraiment, ni dire ou faire quoi que ce soit de vrai, qui trouve une véritable place, s’évanoui. Il ne reste plus que ce moment précieux, cette entrevue avec la glace, miroir lacté sur lequel se découpe ma silhouette. Et je sens le gargouillement de l’eau qui émerge à la surface des fissures qui s’ouvrent de plus en plus. Ce son est une mélodie qui transporte chaque cellule de mon corps et me donne cette sensation d’être plus vivante que jamais.
Tout ce que je suis est là, tous mes souvenirs, mes pensées, mes fantômes sont ici déposés à mes pieds et peuplent le jeu des couleurs froides et des ombres de leur présence. Je suis là et je sens toute la puissance du fond de l’eau m’attirer. Mon poids et la chaleur de mon corps qui s’éteint fragilise la surface gelée de l’eau. Le craquement suspendu qui parvient à mes oreilles semble provenir de tous les côtés. Je me sens tomber. Tout s’accélère tandis que le monde s’arrête.
Une étrange sensation monte en moi. Je passe à travers la glace et la lueur de l’étoile prend une tinte d’un bleu argenté qui vient m’envelopper de son étreinte gelée et déposer sur mon front le baisé scintillant d’un passé et d’une vie qui prend fin. Je me laisse couler dans l’obscurité enveloppante de l’eau froide comme si milles aiguilles me transperçaient la peau. Au dessus de ma tête, cette petite étoile semble poser ses yeux bienveillants sur l’étrange ballet veinés des courbes et des dessins formés par les fissures de la glace qui se découpent et courent tandis que je les suis du regard. De l’autre côté du miroir, mon corps lévite et se suspend à la contemplation de cette lumière bleuté qui m’attire plus que je n’aurais pu l’imaginer. Je regarde cette étoile et je sais à quel point cette aventure de la vie est belle, à quel point elle vaut la peine d’être vécue. C’est aussi pourquoi je m’aventure vers la mort de cette façon, plus vivante que jamais. Je regarde cette étoile, et je me souviens. Je voyage, nulle part et partout à la fois en parcourant l’immensité de mon esprit tandis que je réalise à quel point il est insaisissable. Nul ne pourra jamais le capturer, et c’est ce qui en fait toute la beauté et la force. Je vole. C’est le rêve de ma vie, planer là où nul, pas même le vent qui me transporte ne pourra jamais altérer le goût de cette grisante liberté. Alors je regarde ces fils argentés se former et parcourir la glace. Sous mon regard émerveillé, c’est tout l’univers qui se dessine.
Les visages vaporeux des êtres aimés de mon passé m’accompagnent toujours car, plus je me sens m’enfoncer dans l’onde obscure, plus je ressens le contact des rayons de l’étoile contracter mes pupilles et y diffuser un parfum d’éternité.
Crois-tu aux hasards ? Tout ces instants que l’on remarque, et d’autres qui disparaissent comme s’ils n’avaient jamais existé. Tous ces chemins qui semblent toujours finir par se retrouver. Mais quel est donc cet étrange écho qui, si l’on tend l’oreille, raisonne à chaque instant et nous rendrait sourds si l’on ne finissait pas par l’ignorer et oublier son existence. J’aime être en vie, j’aime sentir que le monde est vivant, vibrant de forces, de couleurs et de sons, où les êtres qui y évoluent se réconfortent et s’entrainent dans une ascension soutenue par des racines puisant leur vitalité du sol dont elles proviennent et se dressent fièrement en relevant le menton et le regard vers les étoiles pour mieux tendre les mains vers le ciel et lui crier « nous sommes là ! ». Toutes ces mains tendues vers l’univers, appelant un dieu, un nom, un souvenir, un rêve, un espoir. Je suis là au beau milieu de la nuit et je me regarde écrire, et même là, je ne sais ce qui guide mes paroles. Je suis perdue dans ce labyrinthe des mots de ma pensée et plus je cherche à m’en démêler plus je m’enfonce dans un univers étrange et inexplicable. Les mots n’ouvrent jamais les mêmes portes, aussi, je ne cherche pas à en fixer la destination. Pas à pas, je tente de suivre un chemin différent et semblable à mille autres. Peut-être n’y a t’il pas d’erreur. Ne cherchez donc pas à guider vos pas, car toute certitude ne mène jamais que sur des impasses.
« Je serait le vent et la pluie chez les hommes pour être près de toi. »
