Une géographie particulière en région Auvergne-Rhône-Alpes : comment faire face aux dangers spécifiques de la montagne ?
Etude et réalisations cartographiques, par Marie Zekri, mis en ligne le 28/02/2021
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Erigé au rang de trésor écologique, la chaîne du Mont Blanc (Haute Savoie), est le troisième site naturel le plus fréquenté au monde (selon un article du magazine Géo datant de février 2001). A l’époque, elle accueillait près de 6 000 alpinistes et randonneurs par jours. Encouragée par la proximité de Grenoble, capitale au cœur des massifs, la fréquentation touristique s’est de plus en plus développée ces dernières années. En effet, selon l’observatoire du tourisme Savoie-Mont Blanc, la Haute Savoie, reste pendant l’hiver 2017-2018, la première destination touristique de montagne en saison hivernale. En effet, la Haute Savoie représente sur cette période 29% des parts du marché. Cette hausse de la demande dans le secteur touristique entraine également une hausse de l’offre d’emploi dans la région qui se positionne alors en deuxième place après Paris pour le nombre d’emplois dans le tourisme.
De plus, avec l’augmentation démographique, on constate que la totalité de la région est de plus en plus fréquentée et donc impactée par les activités humaines. Les imprudences se multiplient, et le nombre d’accidents par avalanches est plus conséquent. Le 13 Janvier 2016, une importante coulée de neige emporte deux lycéens lyonnais et un moniteur de ski ukrainien sur une piste noire (Bellecombe), temporairement fermée aux skieurs. Malgré la rapidité d’intervention des équipes de sauvetage, la distance avec le principal centre hospitalier de la région, le CHU de Grenoble, s’est avérée fatale pour deux des victimes. De 2001 à 2011, l’ANENA a recensé en France 238 accidents mortels ayant causé la mort de 317 personnes. Les reliefs exceptionnels de la chaîne des Alpes représentent l’atout touristique de la région, et la principale ressource économique, seulement, ils n’en restent pas moins très dangereux, d’autant plus avec l’inconscience d’une grande partie des touristes.
Comment s’article la géographie du risque d’avalanche dans cette zone ?
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Selon le site du gouvernement, « une avalanche correspond à un déplacement rapide d’une masse de neige sur une pente, provoqué par une rupture d’équilibre du manteau neigeux ». Sur le site de météo France, on apprend que le manteau neigeux formé en zones montagneuses est une masse instable (phénomène accentué par la conséquence des reliefs) car les couches successives de neiges sont en perpétuelle évolution, avec le vent, les températures et le degré d’inclinaison de la pente. On retrouve trois types d’avalanches : les avalanches en aérosols (nuage d’air et de neige qui dévale une pente à plus de 400 km) qui sont les plus impressionnantes et les plus dangereuses, les avalanches coulantes ou denses (elles atteignent rarement plus de 100 km/h), et enfin les avalanches mixtes (à la fois aérosol et denses) qui sont les avalanches de grande ampleur les plus répandues en France. Des niveaux de risques sont alors établis en stations (faible, limité, marqué, fort, très fort) avec trois types de drapeaux (jaune, jaune et noir, noir).
La question qui nous intéresse en grande partie, outre la localisation des zones d’avalanches, est l’origine du phénomène. Il y a des avalanches dites « spontanées », qui se déclenchent naturellement en raison des conditions météorologiques particulières comme d’importantes précipitations neigeuses. Le deuxième cas est aussi le plus fréquents et le plus destructeur : il s’agit des « déclenchements provoqués ». Nous ne parlons pas là des avalanches déclenchées volontairement, stratégiquement par des spécialistes dans le but d’empêcher qu’une avalanche ne se déclenche au mauvais moment. Nous parlons ici de déclenchements accidentels dus au passage de pratiquants de la montagne (zones aux reliefs souvent raides et couches neigeuses instables). « Les accidents mortels sont dans la majorité des cas liés à des avalanches provoquées. On compte en moyenne chaque année 21 accidents mortels et 30 décès. Les activités de randonnée et de hors-piste se partagent 83 % des accidents mortels, en proportions presque égales ».
Cartes réalisées par Marie Zekri : Répartition des zones présentant un risque d’avalanche en Haute Savoie et visualisation des causes du phénomène.
*Mes données vectorielles et couches shapefile que j’ai pu utiliser pour la création de mes cartes proviennent de data.gouv. Mes informations statistiques proviennent de l’INSEE. Les données sont montées à partir du logiciel Qgis.
Nous cherchons ici à rendre compte de l’omniprésence de ce risque dans la région, mais également de mettre en valeur une corrélation entre l’activité humaine et la localisation de ces zones à risque.
- Tout d’abord, à en juger par l’espacement des trois points renseignés sur la carte (villes d’Annecy, Genève et Chamonix) qui regroupent les principaux hôpitaux et centre de secours de la zone étudiée, on constate qu’il y a un véritable risque lié de prima bord au manque d’accessibilité aux soins et centres hospitaliers. Les secours, très rapides ne peuvent pas forcément traiter de tous les types d’accidents et doivent souvent envoyer les blessés au CHU de Grenoble qui est le principal pôle hospitalier de la région. Or la distance est accentuée par l’importance des reliefs et, comme nous l’avons vu avec l’exemple des lycéens Lyonnais décédés en 2016, le temps de transport jusqu’au CHU de Grenoble à fait perdre un temps précieux aux équipes de secours.
- Etude rapprochée : ce zoom en deuxième slide, permet de visualiser le lien entre l’étalement urbain, la hausse de la fréquentation touristique dans le domaine skiable et le zonage des zones à risque avec la mise en place de PPRN. Il est intéressant d’observer sur cette carte la façon dont le plan de prévision des risques naturels de Haute Savoie (jaune pâle) entoure parfaitement le chemin tracé par les regroupements urbains (en rouge vif). Le couvert urbain ressemble d’une certaine façon à des artères qui viennent se placer en fonction du parcours des reliefs. La zone orangée correspond au plan de prévention des avalanches aux alentours de Chamonix. La première remarque que nous pouvons nous faire sur cette zone est cette étonnante proximité entre zones urbaines, zones présentant un risque d’avalanches et domaine skiable (suivant cet ordre précis dans la région de Chamonix).
- A voir cette façon dont le PPRN suit le tracé du couvert urbain, on peut émettre deux hypothèses qui s’entrainent l’une l’autre.
- D’une part, il est possible que la définition des zones présentant un risque d’avalanches ne soit établit qu’à proximité des zones pour lesquelles la corrélation risque/aléas peut s’avérer catastrophique. Le risque est que les zones habitées ou présentant de fréquents passages ne soit touchées par l’aléa (avalanches). Cela pourrait donc expliquer pourquoi les PPRN entourent de cette façon les zones urbaines et touristiques. On note en effet une croissance démographique en Savoie et une hausse de la fréquentation touristique qui vient donc renforcer le risque d’importants dégâts dans ces zones.
- L’autre possibilité est validée par les informations que nous avons trouvées sur le site de météo France concernant le pourcentage élevé d’accidents et de départs d’avalanches provoqués par des passages de pratiquants de la montagne. Cette localisation du risque d’avalanche à proximité des zones urbaines et du domaine skiable de Haute Savoie n’est donc pas un hasard. Les départs d’avalanches causant de nombreux accidents mortels chaque années, sont donc souvent provoqués, notamment par des alpinistes inexpérimentés ou des skieurs/surfeurs en hors piste par exemple. La zone PPRN ne touche d’ailleurs presque pas le parc régional (en vert clair), ce qui peut nous laisser entendre qu’il y a encore une fois, soit une absence de prise en compte du risque là ou la densité humaine est faible voire nulle, ou tout simplement, que les zones boisées et préservées sont des freins aux départs de neiges. Elles pourraient donc faire office de remparts et représentent une possibilité de solution intéressante.
Pour compléter notre analyse cartographique sur la répartition des risques d’avalanches, ainsi qu’une étude plus rapprochée concernant les causes de ce phénomène en Haute Savoie, nous voulons ici illustrer par l’image le risque neigeux (un peu plus bas : vers Grenoble), sur les routes départementales.
Visualisation du risque routier (superposition cartographique par Marie Zekri)
Nous avons récupérer trois différentes couches shapefile sur le site du gouvernement via data.gouv. Ces trois couches sont superposées dans l’ordre qui suit (brun, bleu, puis rouge) à partir du logiciel Qgis. Nous retrouvons dans un premier temps en brun le simple parcours des routes départementales. Sur la seconde slide, nous retrouvons en bleu le circuit de déneigement (qui recouvre la quasi-totalité du circuit routier). Enfin, sur la dernière, on observe en rouge les zones exposées à des risques en période hivernale (soi la moitié du trafic routier).
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Un article du magazine Géo parut en Février 2001 évoquait déjà le fait que les Alpins se battent pour un développement harmonieux et respectueux de l’équilibre écologique, en prenant l’exemple des mesures prises à La Vigière, dans le Mercantour (Alpes Maritimes). Les parcs nationaux apparaissent alors comme les meilleurs outils pour préserver l’espace montagnard, tout en prévenant de nombreux risques comme les avalanches.
Ces quelques analyses cartographiques nous donnent des informations sur la façon dont les régions des Hautes Alpes sont confrontées aux aléas de la montagne, en particuliers le risque d’avalanches, ainsi que sur les moyens qu’elles mettent en place pour y faire face. Nous réalisons que les activités humaines sont majoritairement responsables des départs d’avalanches notamment en région de Haute Savoie. Pour contrer ce risque croissant avec la fréquentation en constante augmentation des domaines skiables, les communes appuyées par l’Etat mettent en place des mesures locales, départementales et régionales, comme le déclenchement volontaire d’avalanches (prévention), la plantation de forêts de pins par exemple et la valorisation du patrimoine naturel, qui offre un rempart aux coulées de neiges importantes, ou encore les fameux PPRN (plans de prévision des risques naturels).
Ce phénomène ne peut pas être « contrôlé », mais la réponse qui peut être apportée réside sans doute dans une recherche d’un meilleur équilibre entre augmentation de la fréquentation des zones montagneuses et mise en valeur des espaces boisés et espaces protégés pour endiguer le problème de coulées de neiges, mais aussi prévenir les « imprudences » des touristes : « la préservation et l’amélioration du rôle protecteur des forêts contre les risques naturels sont essentielles à une stratégie efficace pour renforcer la résilience du territoire de l’Espace Alpin vis-à-vis des phénomènes naturels. Les 6 conférences ministérielles paneuropéennes sur la protection des forêts tenues depuis 1990 ont toutes souligné la nécessité d’une approche commune pour évaluer les services éco-systémiques forestiers (SEF) comme base pour l’élaboration d’une gestion durable des forêts » (source BRGM – projet « Rock The Alps »).
Marie Zekri





